Conventions pour formaliser les mises à disposition de données
L’informatisation de l’information géographique a profondément modifié la façon de l’utiliser. Il est désormais très facile et peu coûteux d’avoir accès à l’information élémentaire et aux objets géographiques considérés isolément. Il est courant aujourd’hui de parler de " données localisées ". Cette faculté d’accès n’est pas sans risques sur le plan juridique. Il convient donc de formaliser avec attention les relations s’établissant entre les producteurs et les utilisateurs de données.
Naissance d’un marché des données localisées
Les nouvelles possibilités offertes par l’informatisation de l’information géographique ont eu deux conséquences importantes.
En premier lieu, le nombre des combinaisons de données possibles s’est accru considérablement, multipliant les utilisations potentielles et suscitant des pressions sur des données complémentaires. Un véritable marché des données localisées se forme et se développe actuellement.
En second lieu, ces diverses recombinaisons de données " opacifient " les processus d’élaboration des produits finaux. Il devient nécessaire de caractériser plus précisément ces données et leurs assemblages, sous peine de ne plus pouvoir apprécier leur qualité réelle et donc de ne plus pouvoir les utiliser correctement.
Par ailleurs, les règles juridiques applicables à de tels échanges sont elles-mêmes en pleine évolution. Il s’agit de faire passer le traitement des données localisées dans " l’ère industrielle ", en sachant intégrer les perspectives que propose l’Union Européenne, tant en ce qui concerne l’établissement du " grand marché européen ", que le développement de la société de l’information au service de l’intérêt général.
Il devient indispensable de formaliser les échanges de données pour garantir au mieux la pertinence et le bon déroulement d’un échange particulier. Cette formalisation permettra également de spécifier le plus complètement possible les caractéristiques techniques et administratives des données en cause, en vue de leurs réutilisations ultérieures, internes ou externes.
Légitimité de l’échange
Statut de l’organisme
Le statut, souvent public ou parapublic, des organismes qui échangent est source de confusion, notamment dans les modalités d’établissement des coûts et des limites d’usage. Trois situations principales sont à distinguer selon que ces organismes sont une administration, un établissement public ou un organisme privé délégataire d’une mission de service public.
Une administration
Lorsqu’une administration souhaite acquérir des données, elle se doit à l’évidence de vérifier qu’elles ont une utilité effective au regard de ses missions. L’émergence d’un contexte technologique nouveau et évolutif
exige des compétences particulières pour définir et expliquer cette utilité . L’acquisition de données doit être effectuée dans les formes administratives et juridiques adéquates. Une capitalisation et une harmonisation des pratiques va s’imposer.
Lorsqu’une administration se propose de diffuser des données, trois cas peuvent se présenter :
la diffusion de ces données est obligatoire. Cette diffusion fait alors partie intégrante des missions de cette administration qui doit décider de ses modalités dans le respect des règles de droit,
la diffusion de ces données fait l’objet de restriction. L’administration doit vérifier que les données sont effectivement diffusables et non frappées d’interdiction à un titre ou un autre.
la diffusion de ces données n’est ni obligatoire, ni interdite. L’administration doit alors posséder un droit de propriété intellectuelle sur la forme particulière de ces données ou obtenir l’accord de l’administration ou du service public qui détient effectivement ce droit.
Un établissement public
C’est le cas de l’IGN, de l’IFEN, du BRGM, de Météo-France, ... Les mêmes règles de principe s’appliquent, mais, s’agissant de diffusion, il n’est pas toujours facile de distinguer clairement les produits correspondant strictement à leur mission de service public de ceux dérivés - ou encore dit " à valeur ajoutée "- que leur statut leur permet de vendre dans des conditions commerciales ordinaires. De plus, les conditions économiques actuelles, qui créent des tendances à la réduction de la part de l’Etat dans leur budget, n’aide pas à l’amélioration de cette distinction.
Il est donc nécessaire d’examiner en détail ces points lors de l’acquisition de données auprès de ces organismes pour préciser le statut des données que l’on acquiert et, éventuellement, contribuer à spécifier les évolutions souhaitables de leur mission de service public.
Un organisme privé délégataire d’une mission de service public
C’est notamment le cas des gestionnaires de réseaux. Agissant dans le cadre d’une délégation de service public, les données localisées qu’ils collectent - purement techniques et descriptives - devraient être accessibles au strict coût de mise à disposition. Mais les évolutions tarifaires, imputant de plus en plus le coût de ces services à l’usager plutôt qu’au contribuable, limitent une telle approche.
Le contenu de la mission de service public
Les relations commerciales entre les différents acteurs publics, parapublics et privés seront d’autant plus l’objet de litiges et d’interprétations variées qu’une délimitation actualisée et précise du service public n’aura pas été réalisée. Cette définition devra à la fois :
intégrer les nouveaux concepts et nouvelles logiques techniques propres à la forme numérique des données,
intégrer et préciser les modalités de diffusion des données publiques, tant des organismes producteurs que des administrations utilisant et produisant des données localisées,
viser les services associés, notamment pour accompagner les organismes publics utilisateurs dans le développement de leurs propres bases,
prévoir le dispositif d’entretien de la mission de service public, fondé sur les usages effectifs de ces données.
Dans ce contexte, la question de la légitimité de la transaction est importante. Les producteurs ne peuvent, ni ne doivent, être les seuls à proposer des définitions nouvelles. Tout échange de données avec un organisme les fournissant dans le cadre d’une mission de service public peut être l’occasion de la formulation d’avis d’utilisateurs utiles à l’adaptation de ces données aux besoins réels et donc d’une meilleure économie du dispositif général.
Statut des données
Au plan conceptuel
Il arrive fréquemment que l’on distingue les données brutes et les données élaborées, résultant de modélisations et de raisonnements mis en œuvre pour en extraire une signification ou une interprétation. Suivant que l’on considère ces données comme des ingrédients, dont la sélection et l’exploitation sont réservées à quelques experts de leur traitement, ou comme des ressources que l’on propose à une clientèle apte à les utiliser dans des dispositifs itératifs ou répétitifs d’analyse ou de régulation, on souligne plus ou moins la difficulté intellectuelle de leur exploitation.
L’évolution technologique, mais aussi le pragmatisme, le souci de l’innovation et du progrès militent pour une ouverture. Elle concourt aussi à atténuer le caractère original, réservé, des traitements de cette information et renforce dans le même temps l’obligation de professionnalisme des comportements adoptés.
Au plan technique
La dématérialisation de l’information géographique et le développement de ses utilisations imposent de repenser la chaîne du traitement de l’information et le contenu des produits intermédiaires. Ainsi doit-on passer de la notion de " carte de base " à celle de " référentiel spatial ". Doit-on alors préciser les limites nouvelles ou plutôt admettre un continuum entre données traitées et données brutes ? Il semble que la multiplication d’échanges de données composites amènera à distinguer plutôt les " données amont " et les " données aval " d’un processus de traitement.
Par ailleurs, les données localisées ayant des emplois très diversifiés, il devient nécessaire que leurs soient associées leurs caractéristiques de qualité, date, précision, exhaustivité, ... dont la spécification n’est pas encore très pratiquée alors qu’elle est une composante importante de la valeur d’usage de ces données et donc des bases économiques des relations d’échange et d’acquisition. Une norme européenne s’attachant aux " métadonnées " est actuellement soumise à enquête publique.
Au plan administratif
Les administrations produisent et rassemblent, dans le cadre de leurs missions, de nombreuses données localisées ou localisables. Elles constituent des " gisements " très importants d’utilités potentielles, publiques et privées.
Les pressions exercées sur ces gisements ont conduit à l’établissement d’une circulaire du Premier Ministre du 14 février 1994 rappelant les règles applicables à la " commercialisation " des données publiques.
Cette circulaire affirme quelques règles essentielles en demandant aux services d’établir des principes clairs de diffusion de leurs données, et d’externaliser cette diffusion autant que possible.
Cette fonction de mise à disposition des données est à valoriser dans les services. Mais il s’agit moins d’investir dans la diffusion proprement dite, car il ne s’agira pas particulièrement de développer une clientèle, que dans la qualification, la description et la gestion de ces données.
Conformité
Juridique
L’établissement de conventions entre les producteurs de données et les acquéreurs est la seule procédure qui permet de préciser l’étendue et les limites des droits d’utilisation des données acquises, ainsi que les modalités de modification ultérieure de ces droits. Il n’existe pas de convention-type pour ce genre d’acquisition et ce sont souvent les modèles proposés par les fournisseurs qui sont utilisés. Il y a lieu de s’assurer préalablement auprès de la structure administrative et comptable de l’organisme acquéreur de la recevabilité de la convention.
Un intérêt complémentaire de ces conventions est d’établir avec précision la généalogie des données visées et de préciser les droits et devoirs de chaque co-producteur d’une information " composite ".
Technique
Une description technique précise des caractéristiques des données que l’on diffuse ou que l’on acquiert est une condition indispensable pour indiquer les limites d’usage aux destinataires de la diffusion et pour apprécier l’utilité précise - et donc la valeur réelle - des données que l’on acquiert. A cet égard, les habitudes techniques sont très différentes d’un domaine d’application à un autre. Un outil plus général est aujourd’hui disponible avec le projet de norme européenne concernant l’information sur l’information : les " métadonnées ".
Les principales rubriques de cette norme sont :
identification du lot,
aperçu (résumé du contenu et du but de production),
éléments de qualité (précision de position, thématique, d’actualité, source, cohérence logique d’ensemble, exhaustivité d’ensemble),
système de référence spatiale, indirect, direct,
étendue spatiale et temporelle,
définition des données : schéma d’application, type d’objet, type d’attribut, type d’association, caractéristiques spatiales,
classification : thesaurus, ...
métadonnées administratives : organisation, point de contact, diffusion,
référence des métadonnées,
Economique
S’agissant de diffusion de données publiques, la circulaire du Premier Ministre du 14/2/94 rappelle les principes généraux à appliquer pour la formation du prix de mise à disposition :
principe de gratuité : il doit être nuancé, mais la tarification ne doit pas procurer un bénéfice à l’administration, hors droit d’auteur ou de la concurrence
nature des coûts à prendre en compte : les frais de publication, composition, impres
sion, distribution, l’organisation et la mise à jour des fichiers informatiques; les extractions de données et la mise à disposition des supports, les dépenses de télécommunication, la participation aux coûts généraux de fonctionnement plafonnée à la partie imputable au service. Les coûts de collecte et de production des données ne sont pas à prendre en compte lorsqu’ils le sont déjà par la collectivité au titre de ses tâches ordinaires.
le niveau des tarifs varie suivant que l’information divulguée relève de l’exclusivité du service public - la diffusion payante est alors " souhaitable ", ou peut se faire dans un cadre concurrentiel. L’accès aux données se fait à coût marginal.
le niveau des tarifs varie selon qu’il s’agit d’un usage final - ils comprennent alors les droits d’accès éventuels et le recouvrement des frais - ou d’une rediffusion ultérieure qui nécessite alors une autorisation d’extraction, l’indication de conditions d’exploitation, ainsi que le versement d’une redevance.
Dans tous les cas, la tarification doit être transparente, ne pas être source d’application discriminatoire, tenir compte de la fiscalité éventuelle correspondante.
En conclusion
Professionnaliser les rapports
Les possibilités techniques offertes aujourd’hui par les outillages informatiques sont importantes, mais il faut apprendre à les utiliser et à les maîtriser. Cela impose d’être en mesure d’exploiter toutes les ressources fonctionnelles des outils et de connaître les limites techniques et réglementaires d’emploi des données que l’on traite.
L’établissement de conventions précises à l’occasion de chaque échange particulier (qui s’impose aujourd’hui administrativement) est un moyen sur d’améliorer progressivement le professionnalisme en la matière.
Améliorer la transparence
L’extension de l’utilisation des données localisées, particulièrement dans les applications privées, accroît la pression sur les gisements publics de données localisées Leur commercialisation est un important sujet de débats.
Les données localisées informatisées constituent un patrimoine public qui mérite une attention plus grande que celle qui leur était généralement portée lorsqu’elles se présentaient sous leur forme traditionnelle.
Textes de référence
- Directive européenne du 11 mars 1996 concernant la protection juridique des bases de données,
- Circulaire Premier Ministre du 14 février 1994 relative à la diffusion des données publiques,
- Projets de normes du Comité Technique " information géographique " du Comité Européen de Normalisation,
- Loi n° 96-588 du 1er juillet 1996 sur la loyauté et l’équilibre des relations commerciales,
- " Les paramètres techniques, économiques et juridiques de la diffusion des données ", article de Bruno Dalaine et Chantal Mainguené ( Ville de Rennes ) publié par " Génie urbain " n°415, mars 1995
- " Quelle diffusion des données informatiques ? ", article de Bruno Dalaine dans les " cahiers du génie urbain " INGUL, juin 1996.
Annexe :
Contenu type d’une convention
Principales rubriques:
préambule : pour indiquer le contexte de l’opération, notamment si les mêmes partenaires doivent ultérieurement échanger d’autres données, nature de l’opération : cession, achat, mise à disposition,
définitions : l’établissement de telles conventions impose l’emploi de vocabulaires techniques et juridiques qui ne sont pas nécessairement familiers aux contractants. Une telle rubrique en tête de convention évitera (ou limitera au moins) les contentieux ultérieurs,
objet : indication des données objets de la transaction et énumération des principales contraintes et limites de l’échange,
caractéristiques techniques : description détaillée de l’opération et de ses spécificités : composition et origine des différents lots de données constitutifs de l’échange, prestations éventuellement associées. Les métadonnées, si elles sont très détaillées, pourront être renvoyées en annexe. Si les données font déjà l’objet d’un catalogage, l’extrait du catalogue sera annexé, sans qu’il faille pour autant se dispenser de la présente rubrique.
contraintes réglementaires : énumération des différentes contraintes d’utilisation, restriction d’usage, procédures de cession ultérieure, déclarations et engagements complémentaires. Les formulaires types éventuellement requis seront joints en annexe,
conditions financières : pour indiquer précisément le montant des droits d’usage, le coût des fournitures, le cas échéant les coûts d’exploitation communs, les redevances sur les produits composites et dérivés, les conditions de révision de prix.
les modalités de la mise à jour éventuelle : pour indiquer, le cas échéant, les aspects techniques, la périodicité, les conditions financières.
conditions de livraison : cette rubrique décrit les modalités pratiques de l’exécution de l’objet de la convention, les formes techniques de livraison, les étapes éventuelles et les délais associés, la durée de l’accord, les pénalités de retard, ...
durée : pour préciser les dates d’effet et les différents délais,
résiliation : pour indiquer les motifs pouvant conduire à une résiliation, les modalités de règlement des différends,
Pour en savoir plus :
CNIG : Claude Ecobichon 0140816984,
AIVF, Groupe de Travail topographie et SIG : Jean Yerchoff, 0240419820
avril 1997