Le LIVRE BLANC de l'INFORMATION GEOGRAPHIQUE

Le CNIG et AFIGEO ont engagé depuis 1996 une série d'études et de réflexions destinées à mieux appréhender l'économie de l'information géographique, à préciser les contenus, contours et modalités du fonctionnement du marché des données localisées, ceci dans le contexte français de croissance toute relative, et compte tenu des perspectives d'évolutions économiques et technologiques, européennes et internationales.

Un "livre blanc" rassemblant état des lieux, analyses et propositions, est actuellement débattu par l'ensemble des acteurs du domaine.

Une lecture rapide de l'état des lieux constaté est proposée ci-après, pour informer les professionnels concernés et les inviter à suivre les évolutions en cours.

Contexte général

Les importants progrès technologiques que connaît le secteur d'activité de l'information géographique lui font aujourd'hui intégrer pleinement l'économie générale de l'information. Sous forme numérique, cette information peut bénéficier en effet de tous les progrès informatiques et télématiques : forte croissance des puissances et des débits, baisse continue des coûts des outils, amélioration permanente des fonctionnalités et de la facilité d'emploi.

La majorité des acteurs politiques et économiques s'accorde aujourd'hui à reconnaître la réalité et l'importance de la société de l'information et le caractère stratégique des autoroutes de l'information, mais les plans d'actions intéressant les différents secteurs professionnels concernés restent à élaborer, y compris pour l'information géographique.

Impact de l'informatisation

La dématérialisation de l'information géographique par l'informatisation conduit aujourd'hui à relativiser le cloisonnement des produits traditionnels sur support papier - cartes, annuaires, guides - fusionnés dans des bases de données multimédias. Par ailleurs, en donnant accès au "grain élémentaire" d'information, elle rend possible des recompositions multiples de ces informations.

Les conséquences sont majeures :

- le partage des données entre services et entre partenaires est facilité,
- les processus de collecte, de mise à jour, de mise en forme et de distribution sont fortement modifiés,
- des produits et des acteurs nouveaux apparaissent.

Développement d'un marché

Si les premiers systèmes d'information géographique sont apparus en France au début des années 1970, à l'initiative de collectivités locales importantes, ce n'est que vers la fin des années 1980, avec le développement de la micro-informatique graphique, qu'un marché de logiciels, de données et de services a commencé à se constituer véritablement.

Aujourd'hui, ce marché est en pleine croissance et concerne principalement les applications de gestion locale.

Les principaux problèmes couramment soulevés sont :

- l'offre de données est trop complexes ou inadaptées aux besoins, cause de coûts directs, mais aussi indirects, élevés,
- la politique de prix des données de base retarde l'accès au systèmes d'information de nouvelles catégories d'utilisateurs, comme les petites et moyennes entreprises,
- l'offre de logiciels reste encore très perfectible, qu'il s'agisse de l'ergonomie, qui progresse, ou de fonctionnalités "métiers" utilisant l'analyse spatiale dans des termes adaptés aux applications sectorielles,
- l'offre de service d'intégration de données, est encore insuffisante, c'est particulièrement sensible pour les images spatiales,
- les décideurs sont insuffisamment sensibilisés, ce que l'on peut imputer en partie aux techniciens qui n'ont pas su faire preuve de pédagogie.

La France par rapport à ses voisins

Des différences :

- des types d'organisation de la production des données de base diversifiés, plutôt centralisés, concentrant ou non l'ensemble de cette production dans un même organisme,
- un degré d'avancement de la couverture nationale en données numériques très variable,
- des systèmes juridiques divers, tant pour la définition de monopoles légaux, que pour l'accès aux données publiques ou l'application du droit d'auteur et des copyrights.

Des similitudes :

- une structure de marché analogue, en trois catégories d'utilisateurs :
- ceux qui ont par nature une activité à forte composante géographique : administrations, collectivités locales, gestionnaires de réseaux,
- ceux à qui des applications nouvelles ont ouvert le champ de l'analyse géographique, comme, par exemple, la géomercatique
- des utilisateurs potentiels non encore touchés, par défaut de formation ou de sensibilisation ou en raison de coûts d'investissements encore trop élevés,
- une critique analogue des données de base, aux spécifications mal adaptées, aux prix trop élevés, aux accès souvent difficiles,
- un état du marché des logiciels comparable, avec quelques fournisseurs américains dominants et un éditeur national en bonne place.

Analyse

- Disponibilité insuffisante des données de référence, comme, en premier lieu, des données à grande échelle, mais aussi d'un lien de rattachement de l'adresse postale à une position géographique,
- Insuffisance d'un secteur intermédiaire de sociétés de service ou de valeur ajoutée,
- Faiblesse de l'exporte, trop peu ou pas soutenu, ni institutionnellement, ni par les quelques grands groupes nationaux qui pourraient jouer un rôle d'entraînement,
- Insuffisance des liens du secteur de la recherche, - scientifiquement reconnu mais faiblement aidé - avec les entreprises et l'industrie,
- Difficulté de la sensibilisation des décideurs, qui considèrent fréquemment que la géographie est un sujet de connaissance encyclopédique plutôt qu'une méthode d'analyse des relations spatiales entre les phénomènes.

Enjeux

L'information géographique :

- L'information géographique est un "outil" essentiel de la maîtrise des conséquences des décisions publiques sur les ressources naturelles, les activités humaines et les grands équilibres,
- Elle est un outil de plus en plus indispensable à la gestion quotidienne des organisations humaines, pour la connaissance et la régulation des flux et des échanges,
- Elle est aussi un outil de la démocratie puisqu'elle peut servir de base au débat public et permet d'expliquer, de simuler, de comparer,
- L'information localisée devient aussi un élément stratégique du système d'information des entreprises.

Les prochains bouleversements technologiques :

- Le positionnement spatial, qui va réduire considérablement le coût de la localisation de l'information,
- Les images spatiales à haute résolution, qui vont faciliter l'automatisation de l'analyse d'image,
- Le développement des échanges télématiques, qui fera basculer le marché de l'information géographique d'un marché de l'investissement à un marché de la consommation.

L'évolution des métiers

Les enjeux essentiels sont bien le développement économique d'un domaine lié aux nouvelles technologies et la création de nouveaux métiers qu'un tel développement peut générer.

Jusqu'à présent, la saisie d'informations créait de nombreux emplois, le nombre de ceux-ci ne devraient plus croître en raison des gains d'efficacité dans les méthodes de levé, et malgré l'accroissement des demandes de mises à jour et d'exploitations multiples. Par contre, l'encadrement méthodologique, les procédures de contrôle ou les démarches qualités seront sources de fonctions nouvelles et donc d'emploi nouveaux.

Le développement des utilisations, l'apparition de nouvelles applications et de nouveaux services créeront des emplois à la condition qu'une politique cohérente prenant en compte tous les aspects - recherche, formation, production et diffusion, exportation, services - soit conduite. Une telle politique nécessite l'implication des acteurs du domaine mais aussi des orientations claires de l'Etat et des organismes qui en dépendent.

Conclusion

Des mesures sont à préconiser :

- la couverture, au plus vite, du territoire national en données de référence à grande échelle, par une définition précise de telles données qui devront être simples, qualifiées et régulièrement mises à jour,
- la clarification des règles de fonctionnement du marché par la délimitation claire de la part des données de référence financée par le budget et de celle demandée aux usagers, par le respect de règles de neutralité et d'équité dans l'accès à ces données, par la transparence des interventions du secteur public sur le marché,
- la relance de l'activité à l'export par la promotion de cette offre et la coordination des représentations nationales à l'étranger,
- la mise en place d'un programme de recherche couvrant la totalité du domaine y compris des applications thématiques,
- la refonte de l'enseignement de la géographie dès le secondaire et la création d'un pôle de formation continue national,
- une action coordonnée de l'ensemble des professionnels pour sensibiliser les décideurs et les politiques aux enjeux de l'information géographique.

Ces mesures, pour être décidées et pouvoir aboutir, doivent être partagées et défendues par l'ensemble des composantes professionnelles du domaine, ... collégialement et individuellement.

Fiche élaborée par le groupe de travail "aide à la maîtrise d'ouvrage des SIG", avril 1998