L’orthophotographie,
encore appelée orthophotoplan, fait partie des données géographiques de base.
Elle est souvent utilisée en complément d’un référentiel géographique comme le
plan parcellaire. L’orthophotographie ne présente pas la même information, mais
elle montre nombre de détails ne figurant pas sur les plans, et peut apporter
une représentation géométrique dont l’exactitude est connue.
L’inconvénient
majeur de la photo aérienne non redressée réside dans son inexactitude
géométrique. En effet, les parties les plus proches du sujet photographié
apparaissent plus grandes. En conséquence, les zones en relief d’un territoire
photographié (hauteur d’une colline par exemple) seront restituées à une
échelle différente de celle du fond de la vallée.
Une
photographie aérienne doit donc être rectifiée pour présenter une échelle
constante sur toute sa surface, de manière à ce que l’image corresponde à sa
projection sur le plan horizontal, ce qui est le cas de la carte et du plan.
La
rectification consiste à diminuer la taille des éléments d’image représentant
les éléments de terrain trop proches de l’appareil de prise de vue. Le calcul
de la rectification ou orthorectification, nécessite donc de connaître la
distance réelle entre tous les points du territoire photographié et l’objectif
de l’appareil photo.
Cette
opération est effectuée à l’aide d’une description informatique du terrain,
appelée modèle numérique de terrain ou M.N.T. Ce M.N.T. est réalisé à partir de
la connaissance du relief, notamment à partir de couples stéréoscopiques de
photographies aériennes (cf. fiche CNIG N°46).
Comme
toutes les opérations sont maintenant réalisées à l’aide de l’informatique,
l’orthophotographie est constituée d’un ou de plusieurs documents fichiers
numériques. L’orthophotographie est visualisée à l’aide d’un poste de travail
informatique ou après impression sur une imprimante ou un traceur.
Deux
orthophotographies similaires à première vue peuvent présenter des
caractéristiques et un coût très différents. À l’inverse, une même
orthophotographie peut convenir à tel utilisateur, et se révéler inutilisable
pour d’autres.
L’orthophotographie
n’est pas un produit normalisé, elle est le résultat des techniques maîtrisées
par son producteur.
La
précision constitue le premier descripteur – détaillé plus loin - de
l’orthophotographie, car son prix en découle directement. La précision du
M.N.T. utilisé pour l’orthorectification constitue un autre critère de premier
rang. La nature du redressement effectué pour les détails situés au niveau du
sol peut enfin être plus ou moins complète. Le redressement d’objets verticaux
n’est généralement pas effectué : les bâtiments situés en bordure du
cliché sont photographiés avec un petit angle de prise de vue qui permet de
voir la façade située du côté de l’objectif de l’appareil ; de même une
partie du terrain situé derrière le bâtiment reste cachée. Il existe des techniques
et des fournisseurs qui offrent une rectification complète de la photographie
aérienne.
L’acquisition
d’une orthophotographie doit donc faire l’objet d’une description précise quant
au résultat attendu, plus particulièrement dans le cas d’un appel d’offres qui
ne permet pas toujours la comparaison du résultat produit. Les fournisseurs
utilisent en outre leurs propres critères de description, ce qui ne facilite
pas les comparaisons.
Enfin,
le recours à la photographie numérique modifie la chaîne de production,
supprimant des paramètres traditionnellement utilisés pour décrire
l’orthophotographie (c’est le cas de la taille du négatif qui est remplacé par
un capteur).
Certains
producteurs ont réalisé des orthophotographies qui peuvent être achetées «sur
étagère» (comme par exemple le produit BD ORTHO de l’IGN), ce qui permet
un examen préalable. Ces prestataires spécialisés peuvent également réaliser
une orthophotographie sur commande, ce qui implique une description précise du
résultat souhaité. L’application du Code des marchés publics peut mettre en
concurrence des produits réalisés selon des processus très différents, rendant
la comparaison difficile avant la réalisation.
L’objectif
de la présente fiche est d’apporter les éléments utiles à l’acheteur pour la
préparation de la commande.
La
photographie aérienne argentique est la plupart du temps caractérisée par sa
colorimétrie (noir & blanc - ou panchromatique dans le langage technique –
ou couleur, exceptionnellement infrarouge) et par deux autres paramètres :
l’échelle, et la résolution. L’orthophotographie introduit un paramètre de
plus : l’exactitude géométrique.
L’échelle
d’une photo aérienne (argentique) n’est pas celle de l’agrandissement mais
celle du cliché initial, c’est à dire du négatif. Ce document originel mesure
23 cm de côté avec une résolution photographique qui dépend de la qualité de
l’objectif photographique mais qui atteint couramment 15 µm (15 microns soit 15
millième de millimètre). L’expérience a conduit les producteurs de photos
aériennes à choisir une échelle du négatif proportionnelle à l’échelle de
l’usage qui en sera fait plus tard. Le coefficient utilisé varie de 3 à 5, ce
qui veut dire qu’un cliché négatif présentant le terrain à l’échelle du
1/30 000 pourra servir à créer ou à compléter une carte au 1/10 000.
Le coefficient est plus élevé en photographie noir & blanc qu’en couleur.
Cette
caractéristique ne doit pas être invoquée dans le cas d’une prise de vue avec
un appareil de photographie numérique qui ne génère pas de cliché. L’appareil
de photographie numérique utilise un capteur constitué d’une grille de cellules
photosensibles qui peuvent avoir des tailles différentes. Il n’y a pas création
d’image réelle, mais enregistrement d’une séquence de données permettant de
reconstituer l’image dans une étape ultérieure.
·
La résolution en photographie argentique
est la dimension du plus petit détail que l’on peut observer. Elle se mesure
par photographie de mires composées d’une collection de traits d’épaisseur
décroissante. Une résolution de 15 µm, sur le négatif à l’échelle de 1/30 000,
permet donc de distinguer un détail de 0,45 m (45 cm).
Il y a, à cette étape de la chaîne de production argentique,
correspondance entre la finesse des détails observables de l’image, et
l’échelle du négatif, ce qui explique que l’une des caractéristiques d’une
photo aérienne argentique, est mesurée par l’échelle.
·
Dans le cas d’une prise de vue numérique,
la résolution est entendue comme la possibilité de différencier des objets sur
l'image. Elle s’apprécie en pixels (voir ci-dessous). Cette caractéristique est
très variable selon le type de donnée maillée. Elle sera dépendante du contraste
entre deux objets limitrophes, et de leur forme : on peut voir sur une image à
maille au sol de 0,50 m la signalisation horizontale sur une route, alors
qu'elle a une largeur bien inférieure à la maille. A l'inverse, la frontière
entre deux objets ne présentant qu'un faible contraste, et aux limites non
régulières, ne pourra être déterminée qu'avec au moins deux mailles.
Une
troisième caractéristique apparaît avec les techniques numériques : le
pixel.
Le
scannage de la photographie transforme l’image en une grille de carrés de
couleur unie, généralement appelés pixel (pour picture element, élément de
l’image). Ces données sont également appelées «maillées» et sont enregistrées
dans des documents fichiers raster (voir la fiche « Maîtrise d’ouvrage
CNIG » n° 36 Fichiers raster et données maillées, avril 2000). L’appareil
photographique numérique produit, quant à lui, directement le document fichier
raster.
L’appréciation
de la finesse avec le pixel comme unité, est à utiliser avec précaution car elle
peut avoir des significations différentes.
Cas
d’un document fichier raster issu d’une prise de vue argentique.
La
finesse de l’image scannée ne peut donc être déterminée par la taille de la
maille que si une information est donnée simultanément sur la résolution de la
photographie scannée.
Afin
d’optimiser la taille en octets des documents fichiers, la dimension de la
maille doit être adaptée à la résolution de la photographie initiale. Une
maille (résolution numérique) égale à la moitié de la résolution photographique
argentique peut être considérée comme un bon compromis. Avec l’exemple évoqué,
le cliché de 23 cm, d’une résolution argentique de 15 µm, sera scanné avec une
maille de 8 µm, soit une maille de 0,25 m au sol, ce qui correspond à une
résolution numérique d’environ 200 dpi.

Figure 1.
Agrandissement d’une orthophotographie à la maille de 0,25 m.
Cas
d’un document fichier raster issu d’une prise de vue numérique.
L’ambivalence
du pixel ne disparaît pas quand la prise de vue est effectuée avec un
équipement numérique : la maille du document peut avoir été réduite
(divisée par quatre, par exemple), quel qu’en soit le motif, entre la prise de
vue et la livraison du document, sans modifier la finesse de l’image.
La
résolution du fichier raster doit là aussi être accompagnée d’une information
sur la résolution numérique du capteur (nombre de pixels par rangée)ses
dimensions et les conditions de la prise de vue (altitude, etc…). En effet, une
amélioration nominale de la résolution numérique de l’image peut avoir été
effectuée en divisant les pixels, voire par un traitement l’image qui ne peut
apporter aucune information supplémentaire.
|
|
Figure 2. Chaque
pixel (à gauche) a été divisé par deux (à droite). La maille est plus petite,
mais l’image est identique, n’apportant aucune information supplémentaire. |
En conclusion, quatre caractéristiques sont à retenir
pour décrire la précision d’une orthophotographie :
·
l’échelle de prise de vue du document
original,
·
la résolution du support de prise de vue
(film ou capteur numérique) et ses dimensions,
·
la taille, mesurée dans le monde réel,
des plus petits objets discernables dans le lot de données concerné, cette
taille devant correspondre au produit de l’échelle et de la résolution
photographique du support de prise de vue (film ou capteur numérique),
·
la taille de la maille du lot de données
fourni (mesurée en µm - conformément à la réglementation en vigueur - et
facultativement en dpi ou points par pouces – unité de mesure
anglo-saxonne).
Une
correspondance devra être établie par l’utilisateur au moment de comparer des
produits issus de techniques différentes.
L’exactitude
géométrique est aussi appelée précision géométrique.
Une
orthophotographie peut avoir une maille de 0,50 m au sol, mais n'avoir une précision
annoncée que de quelques mètres. Ce document peut être très utile dans le
domaine de la communication institutionnelle, pour démontrer l’insertion d’un
projet dans son environnement, etc., mais peut se révéler inutilisable dans
d’autres cas : vérification de l’exactitude d’un plan, etc.
L’exactitude
géométrique est obtenue par la poursuite du processus de fabrication : le
tirage de la photo aérienne est scanné pour permettre son redressement par
calcul.
Le
redressement s’appuie sur une représentation numérique (informatique) du
terrain communément appelé modèle numérique du terrain ou MNT La qualité du
redressement est fonction de la précision géométrique ou exactitude du MNT et
de la qualité des traitements informatiques effectués.
Cette
qualité est mesurée de deux manières :
À
titre d’exemple, l’IGN annonce, pour les fournitures de la BD ORTHO, une
« E.M.Q » de 1 m, ce qui correspond à une tolérance de 3 m.
La taille des pixels de ce produit est de 1 m au sol, en cohérence, donc,
avec son exactitude.
Les autres
spécifications.
D’autres
spécifications peuvent être prévues pour la commande d’orthophotographies.
Plusieurs normes concernent les orthophotographies. L’acheteur public doit les
connaître, les organismes publics étant tenus respecter la normalisation.
EDIGéO
reconnaît l’orthophotographie comme un lot de données respectant un modèle
conceptuel de données (MCD) de type matriciel. La norme définit deux types de
structure de données matricielles : un premier type, la structure matricielle
de valeurs réelles, et un second type, la structure matricielle de valeurs
codées. L’orthophotographie s’inscrit dans cette 2ème
catégorie : les valeurs élémentaires enregistrées correspondent à un code
numérique qui représente une quantité ou une qualité, définie dans une table de
codification, décrivant la valeur graphique du pixel.
Dans
la pratique, le respect des spécifications du format TIFF assure le respect de
la norme EDIGéO.
Il
existe une centaine de formats et de sous-formats d’enregistrement et de
sauvegarde des documents fichiers raster. L’acheteur précisera le format dans
lequel il souhaite être livré, en fonction des outils dont il dispose. Les
orthophotographies sous forme de fichiers raster peuvent être visualisées dans
beaucoup d’outils de SIG, mais parfois à partir de formats spécifiques. La
documentation des applications informatiques sera utilisée pour préciser le
format souhaité.
TIFF
est une marque (trademark) d’Aldus Corporation et désigne un format de
fichier destiné à enregistrer une image de type raster, c’est à dire la
reproduction d’une image au moyen d’une grille de points noirs ou blancs ou de
couleur. C’est le format le plus répandu. Il est décrit par un document
largement diffusé, la révision n° 6 du 3 juin 1992.
Les
caractéristiques de l’image et du fichier sont décrites dans une succession de
champs (fields)
numérotés. Le numéro du champ est traditionnellement appelé «tag».
Environ 75 champs sont définis par les spécifications. Par exemple le champ (tag)
numéro 262 (PhotometricInterpretation)
précise le type d’image (noir & blanc, les différents formats de couleur),
le champ 256 la largeur de l’image en pixels et le champ 257 la hauteur... le
champ 315 le nom de l’auteur... etc.
Plusieurs
sous-formats correspondent à différents algorithmes de compression de l’image.
Le plus utilisé a été défini par le comité consultatif international pour le
téléphone et les télécommunications sous l’appellation de CCITT groupe 4 ou
CCITT G4 et repris dans les spécifications TIFF.
Pratiquement
tous les outils le reconnaissent. Pour les grandes images, une variante
découpant l’image en «tuiles» sous l’appellation de compression « Tiled
CCITT G4 » présente une plus grande efficacité mais n’est pas toujours
implémentée dans les applications graphiques.
Les
métadonnées sont des «données qui renseignent sur la nature de certaines données
et qui permettent ainsi leur utilisation pertinente». Les métadonnées ont pour
but de documenter les données, afin de faciliter leur cohérence, leur
réutilisation, les échanges entre partenaires, etc. Il s’agit là pour une bonne
partie d’informations fondamentales dans le domaine de la géomatique :
caractéristiques de l’orthographie notamment décrites ci-dessus, dates de
production, système de référence utilisé, origine, etc. Les normes apportent là une assistance pour
le classement et la présentation de ces métadonnées.
Une norme européenne expérimentale a été publiée en 1998, la norme ENV 12657, et déclinée sur le plan national par un guide de mise en œuvre (XP ENV 12657). De son côté l’organisation de normalisation internationale poursuit l’élaboration de la norme ISO 15046-15.
L’acheteur
aura intérêt à spécifier les métadonnées qu’il a besoin d’associer à son
orthophotographie. Il s’agit là d’une réflexion qui prend sa place dans l’étude
des besoins.
Les
spécifications TIFF ont prévu la possibilité de réserver des champs à des fins
propres à l’utilisateur (private tags). Ce sont ces derniers qui
sont utilisés par les spécifications de GeoTIFF pour enregistrer les
métadonnées géographiques. Ces dernières respectent essentiellement les
directives du comité fédéral des États Unis d’Amérique du Nord pour les données
géographiques (FGDC). Les métadonnées décrivent les caractéristiques
géométriques de l’image raster : système de projection utilisé, origine.
L’organisation de ces métadonnées est particulière et les champs y sont
spécifiquement dénommés «clés» (keys ou encore GeoKeys). Une quarantaine
de champs définit ainsi les caractéristiques géométriques de l’image
raster : système de projection, localisation, échelle, etc.
Conformément
aux règles du format TIFF, l’utilisation de ces champs n’empêche pas la
visualisation des images GeoTIFF par tout visualisateur standard de fichier
TIFF. L’exploitation des métadonnées géographiques inscrites dans un fichier
TIFF selon les spécifications GeoTIFF nécessite donc un programme ad’hoc
et sont reconnues par un certain nombre d’applications pour SIG.
Dans
le cas d’une commande, l’acheteur doit étudier l’intérêt d’une
orthophotographie documentée selon les spécifications GeoTIFF. Là encore, la
documentation de ses applications de SIG lui précisera si, et dans quelle
mesure, ses propres outils reconnaissent ou non les métadonnées enregistrées au
format GeoTIFF. L’acquisition d’une orthophotographie intégrant les métadonnées
au format GeoTIFF peut cependant présenter un intérêt par rapport à
l’acquisition ultérieure d’outils la reconnaissant.
Deux
aspects particuliers sont à souligner, le choix du système de projection et le
volume des fichiers.
-
le choix du système de projection doit être
clairement spécifié car il ne peut être changé facilement. En effet,
contrairement aux fichiers vecteurs pour lesquels les changements de systèmes
de projection sont assez bien gérés par les progiciels géomatiques, il n’en est
pas de même pour les fichiers raster géoréférencés. Les angles de l’image
correspondent à des coordonnées d’un système de projection terrestre, et les
distances qui les séparent fournissent un nombre entier de fois la taille du
pixel de l’image. Un changement de système de projection amènera des modifications
des coordonnées des angles, puis par suite des distances entre ces angles, qui
ne seront plus un multiple de la taille du pixel. On observe alors des écartements
ou chevauchements de pixels dont la taille n’a pas varié.
-
le volume des fichiers doit être bien
appréhendé au départ : il est considérable. Une orthophotographie sur un département,
type BD ORTHO de l’IGN, représente 130 à 180 cédéroms. Des solutions de
compression très efficaces existent, mais la livraison initiale doit être
effectuée dans un format qui ne dégrade par le fichier origine.
|
La
commande d’une orthophotographie implique :
Les
critères décrivant l’orthophotographie relèvent de :
§
l’échelle de prise de vue du document
original,
§
la résolution du support de prise de vue,
§
la taille des plus petits objets
discernables dans le lot de données,
§
la taille de la maille du lot de données,
§
l’erreur quadratique moyenne ou la
tolérance,
Dans le cas d’une commande d’orthophotographies à réaliser, l’acheteur pourra préférer la procédure d’appel d’offre sur performance en décrivant le résultat attendu, portant notamment sur la taille des plus petits objets discernables.