L’administration des données localisées

Introduction, exemple, enjeux

La fonction administration de données localisées n'est généralement ni connue  ni identifiée, pourtant elle est essentielle pour le développement de l'information géographique dans tout organisme : elle lui permet de gérer son patrimoine de données localisées. Les services ayant une expérience en géomatique l'ont  rencontrée. Un exemple va l'illustrer.

Une mairie souhaite croiser ses données du POS et du plan d’exposition aux risques avec les données de la DRE, de la DDAF et de la DIREN. une convention de partenariat est passée entre la mairie, la DDE, la DDAF et la DIREN définissant les conditions techniques et juridiques dans lesquelles elles vont échanger entre elles périmètres de captage, ZNIEFF…  Aucun détail ne semble avoir été négligé sur les aspects informatiques (format d’échange, structure des données, etc.) ou juridiques (droits et devoirs des parties par exemple). Pourtant, le responsable de l’étude à la mairie éprouve de grandes difficultés quand il s’agit de croiser les données.

Perplexe, il constate que zonage POS, périmètres de captage et PPR ne se superposent pas correctement sur le fond Scan 25 de l’IGN, que des décalages existent entre des bois classés en ZNIEFF et les zones correspondantes des POS, que les limites de la commune sont différentes dans les différentes bases de données.

Il réunit les responsables des trois administrations, pour comprendre les causes de la mauvaise qualité des données qui lui ont été remises. Le représentant de chaque service précise le mode d’obtention des données, leurs sources, leurs conditions de numérisation, les référentiels utilisés, l’exhaustivité, la précision des données. Il apparaît alors que le POS a été numérisé à partir des fonds  cadastraux et raccordés entre eux pour constituer une couche continue. Par le fait, il est inévitable que son zonage ne soit cohérent  ni avec le fonds IGN Scan 25, ni avec la couche des limites administratives de la BD Carto, ni avec l’orthophoto et qu’il en soit de même des périmètres de captage et des PER avec le Scan 25.

Le jugement sur la qualité intrinsèque des données est ainsi appelé à être reconsidéré, pour faire place à une appréciation globale sur les conditions de leur emploi simultané. Le responsable de l’étude et les fournisseurs de données s’accordent pour reprendre les zonages sur une base de référence commune et s’entendent pour garantir la qualité des données qui seront échangées.

Par ailleurs, les quatre organismes décident de confier à l’université voisine la réalisation d’un catalogue des données géographiques partagé par toutes les administrations et collectivités du département. La disponibilité et la connaissance de ces informations constituent un préalable à la mise au point de conventions d’échanges et de partenariats, de façon à ce que chacune des parties puisse, pour ce qui la concerne, apprécier l’intérêt des données proposées et les conditions de leur emploi.

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La description des territoires nécessaires à l'exercice des missions des collectivités locales et des services publics est, dans ses aspects géographique, démographique, socio-économique, fournie sous forme numérique qui, seule, permet de bénéficier des capacités d'analyse et de synthèse qu'offrent les techniques de traitement de l'information.

Dans ce contexte, les données rassemblées composent un patrimoine auquel, compte-tenu de son coût de constitution et de maintenance, et de sa valeur d'usage et des changes, il faut attacher la plus grande attention. Ce patrimoine réunit référentiel, données d'intérêt général et données métier (voir infra la présentation de ces différentes catégories). Ces différents groupes de données possèdent une valeur intrinsèque, mais leur association, à la demande, apporte une valeur ajoutée qui faite la richesse du patrimoine.

Administrer les données dans un service, c'est être en situation de fournir sous une forme exploitable, à tout organisme ou individu qui en exprime le besoin dans ces activités, un sous-ensemble de ces données, qu'elles soient internes ou externes, dans une collective locales, pour un  département ministériel ou un groupement professionnel.

Cette fiche présente les différents aspects de l'administration de données localisées : données à administrer, tâches à mettre en œuvre, organisation, outils. Mais elle vise avant tout à convaincre les responsables et décideurs de l'importance de cette fonction : ne pas la mettre en œuvre constituerait à coup sûr une erreur grave. L'administration de données localisées est indispensable à la réussite des démarches mobilisant l'information géographique.

La problématique de l'administration de données localisées - Les tâches à effectuer

Le cœur de l'administration de données localisées est, comme son nom l'indique, la donnée géographique. Autour des différents types de données rencontrées, les différents acteurs intervenant bâtissent leurs propres stratégies. La description de ce mécanisme amène à identifier les différentes facettes et tâches que le responsable de la fonction d'administration de données localisées aura pour mission de résoudre.

 

Les données

Les référentiels constituent la base commune nécessaire à la construction des données produites par les services. Ils couvrent différentes gammes d'échelle, moyenne (1/10000 - 1/25000), grandes (1/10000 - 1/2000) ou très grande (11/000 - 1/200). Un référentiel est un ensemble cohérent de données qui comprend une photographie du territoire, la description physique et topographique de ce territoire, les limites administratives et les localisants (adresse, P. R.). Cet ensemble est cohérent en termes de contenu, de date et de précision. Son contenu est limité aux stricts besoins engendrés par la nécessité de partage entre les utilisateurs. Son accès est financièrement aisé (voir fiches CNIG N° 54 – Décision interministérielle et 57 - RGE).

Les questions que se pose le responsable de la fonction administration de données sont les suivantes :

-          à l ’intérieur de mon service, tous les utilisateurs emploient-ils le référentiel ? tous y ont-ils accès ? prennent-ils des initiatives concurrentes ? pourquoi ?

-          les partenaires de mon service ont-ils acquis le référentiel ? sinon, pourquoi ? ont-ils (ou vont-ils) engager des actions concurrentes ? quelle position dois-je prendre ?

-          les données du référentiel reçues sont-elles conformes aux spécifications ? la qualité est-elle satisfaisante ?

-          mon service joue-t-il son rôle dans la mise à jour du référentiel ?

Les données d'intérêt général sont partagées par des groupes d'utilisateurs, elles sont utiles à la compréhension des territoires sans être indispensables à la production des données ; les donnés métiers sont relatives à l'exercice d'une profession. L'utilisation de ces données pose les questions suivantes :

-          comment est organisée la diffusion et la mise à disposition auprès des utilisateurs spécialisés ?

-          quelle est la qualité de ces données : méthodes, dates, formats, …? existe-t-il des cahiers des charges de numérisation ? une réception ?

-          les services sont-ils moteurs, passifs ou opposés pour produire les données de leurs métiers ? et pour les mettre à disposition ?

-          la production de ces données est-elle organisée ? programmée ? systématique ? et leur catalogage ?

-          y a-t-il des restrictions à la diffusion ? pourquoi ? sont-elles justifiées ?

-          mon service est-il légitime pour produire et mettre à jour ces données ?

Les acteurs et leurs stratégies

Plusieurs types d'acteurs sont concernés par l'administration de données localisées, qui, en fonction de leur activité, ont des questionnements et des stratégies différentes :

-          les utilisateurs de données : ont-ils eu connaissance des données, de leur existence, de leur qualité ? Y ont-ils un accès satisfaisant ? Juridique : accord d'échange ? Technique : format, conditions techniques d'accès ? Quels usages des données ont-ils ? Quelles sont les évolutions souhaitées dans la description des données ?

-          les producteurs de données : des règles de production ont-elles été mis en place ? Les conditions de mise à disposition, tant interne qu'externe ont-elles été définie ? Les modalités de mise à jour également ? Sont-ils disponibles pour la production des données et leur mise à disposition ?

-          les organismes partenaires extérieurs : pour les producteurs de données, quelles sont les conditions pour la mise à disposition des données (technique, juridique) ? Quelle est la qualité des données produites, quel référentiel ont-ils utilisé ? Pour les utilisateurs de données : les modalités de mise à disposition sont-elles satisfaisantes ? Quels usages en sont-ils faits ? Quelles sont leurs observations sur les données ? Quels sont les partenariats à développer ?

-          les producteurs institutionnels : il s'agit essentiellement de l'IGN, de la DGI et de l'INSEE. L'offre a-t-elle évolué récemment : nouveaux territoires, mise à jour ? Quelles sont les stratégies nationales pour l'acquisition ? Les données des référentiels sont-elles satisfaisantes ? À adapter ?

-          le gestionnaire du système informatique : cette fonction support, très technique, est néanmoins indispensable à la mise en œuvre du dispositif administration de données localisées. Questions rencontrées : comment est assurée la sécurité des différentes catégories de données ? (sauvegarde, restauration), quelle est la qualité de l'accès : interne, externes ? La gestion du matériel, des réseaux et des logiciels est-elle satisfaisante ou à adapter ?

-          le comité de pilotage est une instance indispensable à la mise en œuvre de tout projet d'administration de données localisées. Il est responsable de l'approche préalable, de la définition des tâches prioritaires et de leur mise en place progressive, des données à intégrer dans le catalogue, de la définition de la politique des échanges avec l'extérieur, et de l'analyse du fonctionnement interne (transversalité, données produites et utilisées, qualité).

 

Les tâches de l’administration de données localisées

Cette analyse des données, des acteurs et des questions rencontrées permet de mettre en évidence 8 tâches pour la fonction administration de données localisées. Pour chacune d’elles, la recherche de la satisfaction des demandes et besoins répertoriés constitue l’objectif primordial. Partant de ce principe, les tâches sont identifiées en se référant au cycle de vie des données.

-          la production des données, qu’elle soit interne ou externe, est motivée par une demande claire pour un usage précis. Elle requiert au préalable la définition des règles de production des données et la connaissance des référentiels qui leur sont associés,

-          dès lors qu’elles ont été établies, il convient naturellement de s’assurer de leur respect à la livraison : la réception des données est l’étape incontournable garantissant à l’utilisateur la conformité de la production à son attente,

-          l’obtention d’une production de qualité ne justifie pas à elle seule sa mise au patrimoine. Elle doit être complétée par l’analyse des besoins et des usages déterminant le niveau d’intérêt collectif de la donnée : c’est la tâche de sélection des données nouvelles à intégrer au patrimoine,

-          les utilisateurs potentiels du patrimoine doivent être informés de son contenu et de ses possibilités d’usage. La description des lots de données constituant ce patrimoine, dans un catalogue organisé et structuré doit lui fournir rapidement la réponse à ses interrogations quant aux données disponibles sur les territoires et les domaines, objets de ses études. Les tâches deux tâches de d’alimentation du catalogue d’une part, et de mise à disposition du catalogue d’autre part sont dévolues à cet effet,

-          dans le même temps, pour que l’utilisateur puisse accéder rapidement et commodément aux lots de données de son choix, le patrimoine doit prendre une réalité physique résultant de traitements informatiques. C’est le stockage des données, l’alimentation du patrimoine,

-          les données étant connues et physiquement disponibles, il convient d’en faciliter la mise à disposition avec des outils et procédures prenant en charge cette tâche, allant de la prise de commande à la livraison des données souhaitées. Des services complémentaires peuvent être proposés à l’utilisateur pour lui faciliter l’intégration des lots de données dans ses études ou ses applications. La boucle est ainsi bouclée : l’utilisateur disposant de données qu’il a puisées dans le patrimoine est à même de réaliser des traitements conduisant éventuellement à solliciter et à créer de nouvelles données pouvant justifier leur intégration dans le patrimoine et le placer de ce fait en situation de producteur,

-          enfin, ce dispositif ne peut rendre les services attendus qu’appuyé par un ensemble d’actions : assistance aux utilisateurs, concertation entre acteurs, négociation avec les producteurs, information des partenaires, compte rendu à la direction. Ce sont les composantes de la tâche d’animation du dispositif.

 

Comment mettre en place à la fonction administration de données localisées

La mise en œuvre de la fonction administration de données localisées s'apparente à une démarche de projet classique : comité de pilotage impliquant le niveau décideur, chef de projets, ... Sa mise en place est favorisée si différents services, producteurs de données dans leurs missions, sont capables de l’alimenter d’une part, et susceptibles d’en attendre des bénéfices d’autre part. La participation active aux démarches de partenariat local  ne peut qu’enrichir les pratiques et le patrimoine des données. Elle doit constituer un axe stratégique fort tant de la professionnalisation des métiers que de la diffusion des données publiques.

Sa mise en œuvre suppose une phase de réflexion préalable réunissant dans un comité de pilotage producteurs et utilisateurs de données, gestionnaires du système informatique. Sous l’autorité du directeur, ce comité animé par un chef de projet, éventuellement assisté par un expert-consultant, doit s’attacher à analyser la situation existante dans le service - référentiels disponibles, flux et usages des productions, diffusion des données, acteurs concernés - et proposer les décisions à prendre pour répondre aux attentes et permettre une montée en charge progressive du dispositif.

La fonction doit être localisée avec soin dans l’organigramme ; sa vocation stratégique et transversale doit y être affirmée et les conditions de son fonctionnement pérenne garanties. Aussi, le comité directeur est-il appelé au-delà de la mise en place, à en effectuer le suivi par des évaluations périodiques, portant sur les référentiels, la production, l’usage, les demandes et la diffusion des données, l’évolution du patrimoine et du catalogue.

Cette fonction recouvre en elle-même plusieurs métiers : animation, gestion informatique, gestion du catalogue, organisation des échanges de données, .. Elle ne correspond donc pas directement à un emploi spécifique, mais doit se traduire par une identification très claire du chef de projet et la description précise des différentes tâches à accomplir. Le responsable de la fonction administration de données localisées doit :

-          être à l’écoute des besoins des services,

-          veiller à la satisfaction des utilisateurs en les conseillant sur les données à exploiter, voire en leur apportant une assistance ponctuelle,

-          faire preuve de rigueur et de pragmatisme pour proposer de porter au patrimoine de données les seuls éléments nécessaires à la collectivité,

-          tenir informés le comité de direction et les producteurs sur les commandes des uns, sur les produits réalisés par les autres et sur les nouveautés à inclure au patrimoine,

-          bénéficier de l’assistance de la cellule informatique,

-          avoir le sens des relations pour réunir les compétences, fédérer les points de vue des acteurs du processus et communiquer sur les apports effectifs et potentiels du dispositif.

 

Conclusion

Conseil National de l’Information Géographique
136 bis rue de Grenelle – 75700 PARIS 07SP

tél 01 43 98 83 12 - télécopie 01 43 98 85 66 - mél cnig@cnig.gouv.fr - http://www.cnig.gouv.fr

 
La mise en place de la fonction administration de données dans un organisme correspond à une nécessité dans le cadre du développement de ses activités information géographique. Elle constitue une démarche obligatoire pour que les investissements engagés soient pérennisés. Au-delà, deux enjeux sont rattachés à cette fonction, d’une part de modernisation des services, d’autre part l’engagement de partenariats et coopérations entre collectivités locales et services de l’Etat.