Les Services d’Aide Médicale Urgente (SAMU) de Haute Normandie voient leur activité croître de façon régulière d’environ 8 à 12 % par an.
Les contraintes géographiques avec trois bassins de vie, d’habitat, d’emploi et de risques anthropiques industriels ou portuaires ont conduit l’Aide Médicale Urgente (AMU) à se structurer sur trois SAMU et non sur deux comme le voudrait le découpage départemental. La localisation des SAMU et des Services Mobiles d’Urgence et de Réanimation (SMUR) ainsi que des raisons géographiques et opérationnelles ont conduit à ne pas tenir compte des limites administratives pour la distribution territoriale des soins d’urgence.

Figure 1 : Réseau régional de l'aide médicale urgente : coordination des SAMU et des SMUR
Une collaboration inter-SAMU s’est instaurée au fil des ans, renforcée par la volonté de définir des modalités communes de fonctionnement, formalisées dès 1995 par une Charte.
|
SAMU |
27 |
76A |
76B |
|
Affaires |
45 484 |
81 465 |
62 912 |
|
Décision |
42 104 |
54 402 |
52 272 |
|
Affaires |
88 |
97 |
148 |
Figure 2 : activité des SAMU (2000)
En dehors du Havre, où une informatisation opérationnelle permettant de saisir les appels en temps réel et donc de bénéficier d’outils informatiques d’aide à la régulation a été mise en place dès 1992, les autres SAMU (Rouen, Evreux) ne disposent pas de ce type d’outil, chaque appel étant traité de façon manuelle par fiches.
Il en résulte des difficultés pour mettre en adéquation les ressources humaines nécessaires à la gestion de ces appels, et une certaine variabilité de la réponse faute de l’utilisation d’un référentiel commun à tous les acteurs de la régulation. En effet, la quantité d’informations à jour nécessaires pour traiter les affaires médicales et pour permettre la mobilisation et la mise en œuvre coordonnées de l'ensemble des ressources de l’Urgence-Santé nécessite le recours à une aide informatisée à la régulation.
Les solutions informatiques du marché ne permettent pas de prendre en compte la dimension régionale, ce qui a conduit à concevoir et développer un système d’information répondant aux impératifs d’une distribution régionale de la santé et de l’Aide Médicale Urgente telle qu’elle est maintenant prônée par le Ministère de la Santé.
Des structures médicales de proximité doivent exister, mais il n’est pas possible de nier les nécessités scientifiques et économiques de concentration des moyens techniques et d’expertise humaine en de véritables pôles de Médecine, Chirurgie et Obstétrique (MCO) qui restent à instituer, tandis que la création de réseaux et les possibilités de la télé-médecine peuvent délocaliser virtuellement certaines expertises vers des structures de proximité.
Dès lors que certaines ressources ne sont disponibles que dans certains établissements de référence régionaux, il devient nécessaire d’organiser l’aide médicale urgente dans une perspective régionale, pour que chaque citoyen, quelque soit son lieu de résidence et de travail, puisse bénéficier de ces pôles d’expertise grâce à une organisation sans faille des transports sanitaires urgents dont certains devront être médicalisés.
Le système d'information régional permettra de favoriser l’homogénéité des prises en charge sur la région (procédures et protocoles communs).
En outre, l’hôpital ne peut faire face à la fréquentation exponentielle de ses services d’urgences, injustifiée médicalement. La prise en charge des urgences qui ne relèvent pas d’un recours à un plateau technique médical lourd, doit pouvoir se faire grâce une organisation coordonnée de la médecine libérale et du SAMU Centre 15.
On voit donc la nécessité d’optimiser la distribution des soins médicaux d’urgence à une échelle régionale :
- par une optimisation des moyens d’intervention médicalisés (SMUR) et des transports sanitaires urgents (TSU) vers les structures adaptées,
- par une amélioration de la coopération avec les services d’urgence privés ou publics (SAU ou UPATU) mais aussi avec les services spécialisés (réanimation, cardiologie interventionnelle, chirurgie très spécialisée, etc…) pour favoriser des circuits courts,
- par une coopération renforcée avec les organisations de médecine libérale,
ce qui implique :
- la constitution d’un référentiel commun régional de toutes les ressources de l’urgence-santé,
- l’interconnexion des SAMU entre eux exploitant des informations communes à échelle régionale régulièrement mises à jour.
C’est pourquoi les professionnels de santé travaillant dans les service d’urgence extra-hospitaliers ont milité pour la mise en place d’un système d’information commun à l’ensemble des acteurs de l’urgence-santé et une aide informatisée à la régulation des appels aux SAMU Centres 15.
Un système d'information régional est donc indispensable à la circulation de l’information pour permettre une meilleure prise en charge du malade en urgence, dans une chaîne de soins ininterrompue, particulièrement pour les urgences vitales.
Un Groupement Hospitalier Régional, composé des hôpitaux sièges de SAMU et de SMUR de Haute-Normandie, est gestionnaire du projet de création d'un système d’Information pour le Réseau Régional de l’Aide Médicale Urgente de Haute Normandie.
- Le Groupement est coordonné sur le plan administratif et financier par le directeur-adjoint du CHU de Rouen.
- Le suivi technique est réalisé par les directeurs de l'informatique et des réseaux, des hôpitaux de Rouen et du Havre.
- La conception du côté « utilisateur » est coordonnée par le directeur médical du SAMU 76 B Le Havre, assisté d'un géographe, pour le système d’information géographique (SIG)
- Le développement du système d'information a été confié, sur appel d'offres européen, à la Société AGDF SA qui a notamment la charge d'intégrer le système d'information géographique au système d'information régional et au logiciel d'aide à la régulation.
Les élus régionaux ont décidé de financer à hauteur de 50 % le coût du Réseau, témoignant de leur intérêt pour ce projet unique en France.
Le Conseil régional de Haute-Normandie a marqué ainsi sa volonté de contribuer à améliorer l’état sanitaire de la Région et de promouvoir des solutions technologiques innovantes dans le domaine des systèmes d’information, des réseaux et de l’intégration dans un même poste de travail de l’informatique, des télécommunications et d’un SIG avec un souci majeur d’ergonomie. Il est dans son rôle de soutien aux projets innovants de nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC).
Le Système d'information régional comporte :
- un logiciel d’aide à la régulation,
- un référentiel régional des ressources de santé,
- un système d’information géographique,
- un système d’échange de données médicales,
- un outil statistique, un média de qualité des soins et d’évaluation.
La dimension régionale du système d’information ne doit pas se comprendre comme un déploiement à trois exemplaires d’un système informatique sur le site de chaque SAMU mais bien comme un système unique constituant et exploitant une base référentielle régionale unique autorisant des paramétrages propres aux besoins de chaque site.
Le Réseau Régional, en employant des solutions technologiques innovantes, peut représenter une véritable plate-forme « test » pour d'autres applications de télé- médecine et constituer un socle pouvant servir de support à d'autres applications.
Le SIG apporte la référence et la dimension spatiale aux données localisées et sectorisées du système d’information régional.
Au sein du système d'information régional :
- le SIG sera intégré à l'application opérationnelle d'aide à la régulation,
- la représentation géographique permet de décrire les territoires, l'activité et les organisations territoriales,
- l’analyse spatiale, utilisée de manière prospective, permet de proposer des améliorations et suggère des organisations nouvelles.
Le réseau est basé sur l’informatisation de chaque SAMU (centres de régulation) par un système d'information commun les reliant aux douze SMUR et antennes, aux organisations de médecine libérale, aux ambulanciers privés regroupés en association par secteurs et aux établissements de soins publics ou privés participant à la réception des urgences.
Figure 3 : Le réseau régional de télé-médecine
(partie "Urgence")
Le réseau des partenaires se compose :
- des établissements publics de santé formant le groupement d'achat hospitalier, constitué sur approbation préfectorale et des tutelles, regroupant tous les hôpitaux de Haute-Normandie siège de SAMU et de SMUR,
- de l'Ordre des médecins de Seine-Maritime,
- des organisations de médecine libérale, (modèle de l'AMUH au Havre),
- des organisations de transports sanitaires urgents.
Extensible à l'ensemble des partenaires opérationnels de santé ou de secours :
- les établissements de santé privés ou publics dans le cadre des contrats de relais SAU-UPATOU (modèle des établissements de santé du secteur sanitaire "Estuaire"),
- les services de santé de l'État (DDASS, ARH),
- les pompiers (partenariat à préciser),
- les réseaux de soins (alternatives à l’hospitalisation, HAD).
D'autres structures publiques ont
des problématiques convergentes avec celles de l’aide médicale urgente, en ce
qui concerne notamment la localisation et l’adressage, qu’il serait utile
d’harmoniser de partager en vue d’un référentiel et d’une maintenance en commun
dans le cadre du futur référentiel à grande échelle (RGE).
|
Organisme |
Référentiel |
Couverture |
|
SETRA/CETE |
Référentiel interubain (RIU) |
Nationale (inter-urbaine) |
|
CERTU/CETE |
Référentiel urbain (RU) |
Nationale (urbaine) |
|
Conseil général (DDI) |
Domaine routier départemental |
Départementale (inter-urbaine) |
|
DGI |
Fantoir®, FNPB |
Direction départementale |
|
Mairies/EPCI |
Voirie, |
Locale (intercommunale ou communale) |
Figure 4 : Référentiels de localisation et d’adressage, utiles à l’aide médicale urgente
La structure du Conseil
départemental de l’information géographique (CDIG), sous l’égide du Préfet,
devrait permettre de coordonner ces relations entre l’urgence santé, les autres
utilisateurs SIG et les producteurs de données cartographiques. Il est
nécessaire que le CDIG reconnaisse l’aide médicale urgente comme membre.
D’autres structures détiennent des informations utiles à l’aide médicale urgente, comme la Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE) de Haute Normandie pour les risques industriels majeurs (entreprises et périmètres).
Des avancées considérables ont eu lieu dans le domaine de la communication et de l'information au travers de technologies développées pour le web. Le développement du système coïncide avec l'apparition d'outils (JAVA), de nouvelles normes d'échanges (XML), de clients légers réellement utilisables en production et de versions Oracle® orientées web, objet et technologie spatiale.
Les développements du SIG sont conformes aux recommandations émergentes de l’Agence pour les technologies de l’information et de la communication dans l’administration (ATICA) qui relève du premier Ministre :
- le stockage est au format SDO (spatial data object), dans une base de données Oracle®9.2,
- l’affichage est réalisé au moyen du standard Scalable vector graphic (SVG) recommandé par le W3C,
- les échanges de données SIG au sein d’un réseau d’utilisateurs publics régionaux sont envisagés, dans les deux sens, au standard Geographic Markup Language (GML) recommandé par l’OpenGis consortium® pour l’interopérabilité,
- les rasters sont stockés et échangés au format Portable Network Graphics (PNG) recommandé par le W3C.
Le SIG comporte deux éléments fondateurs : une
solution logicielle et un ensemble de données géographiques enrichies de
celles, plus spécifiques, à l’aide médicale urgente. Grâce à sont atelier de
cartographie, la base de données a été constituée pour la Haute-Normandie.
Le SIG est conçu en quatre composantes
conceptuelles :
- les métadonnées,
- le modèle conceptuel objet,
- la gestion en couches (ordre),
- la gestion des échelles.
Les métadonnées des référentiels initiaux, sont conservées, sans aucune modification. Une fiche d’identification de l’information géographique est d’ailleurs établie pour chaque référentiel. Le référentil maître ou support est Navstreet® de Navigation technologies.
Le SIG est totalement lié au SI global. Les identifiants sont partagés, y compris avec les référentiels externes.
Le modèle conceptuel du SIG a bénéficié de la modélisation du SI régional comme l’utilisation du modèle objet ou de l’historisation des informations. En outre, le SIG a fait l’objet d’une attention particulière concernant l’adressage, la localisation, la construction et la gestion des secteurs.

Figure 5 : Couches d'informations géographiques
La représentation cartographique est basée sur une
association de couches, certaines provenant des bases de données géographiques,
d'autres étant constituées par la projection de ressources propres à l'AMU.
Ces couches sont ordonnées les unes par rapport aux autres, pour l’ordre d’affichage. A l’intérieur d’une couche, les objets possèdent également un ordre de disposition.
A l’instar de l’œil humain, le SIG, multi-échelles, doit proposer un niveau de détail croissant en fonction de l’échelle, l'instauration d’une chartre graphique et d’une bibliothèque iconographique de représentation facilitant la lecture.
Ainsi une image pertinente est obtenue en fonction des besoins de l’opérateur : objets pour des calculs, visualisation de l’information à une échelle adaptée, mémorisation de positions indexées, accès à des listes remarquables, à des vues thématiques, à des requêtes contextuelles.

figure 6 : balayage d’échelles du SIG
Le référentiel du SIG se conçoit en quatre parties :
- base de données vectorielles Navstreets® de Navigation technologies (version Q3-2001) pour la Haute-Normandie élargie avec un buffer de 50 km,
- complément raster (190 dalles Scan25®) pour la Haute-Normandie,
- complément spécifique pour le référentiel de l'AMU pour l’ensemble des trois zones d’écoute,
- compléments externes selon la couverture propre aux référentiels (souvent le département).
|
Couches |
Désignation |
Objets |
|
ADMIN_4 |
Communes |
3 638 |
|
STREETS |
Tronçons routiers |
< 300 000 |
|
RAILRDS |
Chemin de fer |
> 4 000 |
|
WATER |
Hydrographie |
> 1 200 |
|
LANDUSE |
Occ. du sol |
> 1 500 |
|
POI |
Points d’intérêt |
> 10 000 |
Figure 7 : Objets de base pour la région HN élargie
Il s’agit d’un référentiel enrichi :
- les objets sont géocodés par rapport aux communes et aux tronçons routiers Navtech,
- les secteurs sont construits sur la base des communes Navtech (polygones fondamentaux)
- les enrichissements concernent également les attributs de certains objets Navtech (communes et tronçons routiers).
Les principales couches "métier" propres à l’aide médicale urgente sont :
|
Couches |
Désignation |
Quantité |
|
ORG_AMU |
SAMU et SMUR |
20 |
|
ORG_HOP |
Hôpital |
100 |
|
ORG_MED |
Cabinet médicaux |
> 1 200 |
|
ORG_AMB |
Ambulance |
> 150 |
|
SEC_AMU |
Zone d’écoute et territoire SMUR |
20 |
|
SEC_MED |
Secteur de garde |
> 100 |
|
SEC_AMB |
Secteur amb. |
15 |
|
SEC_ADM |
Découpage adm. |
> 100 |
Figure 8 : Principales couches supplémentaires du RRAMUHN
Le tableau suivant démontre l'intérêt de l'enrichissement, en termes de nomenclature
|
Couches |
Qté (Nav*) |
Qté (DGI**) |
Apport |
|
Voies |
4 300 |
8 773 |
51% |
|
Lieux-dits |
<50 |
3 443 |
99% |
|
Immeubles |
0 |
679 |
100% |
Figure 9 : Exemple d’ajout Fantoir® en zone « Le Havre »
*Nav : Référentiel Navstreet de Navtech.
**DGI : Direction générale des impôts
À chaque tronçon routier correspond une célérité moyenne estimée par les acteurs de l’Aide médicale urgente. Cette vitesse est utilisable pour les calculs d'accessibilité SMUR.

Figure 10: Accessibilité aux SMUR de référence
Chaque commune possède les temps d’accès aux différents SMUR, ce qui permet de déterminer :
- le temps d’accès au SMUR de référence,
- le SMUR le plus accessible.
Le recensement général de la population (RGP 1999) a été intégré au niveau communal pour évaluer les secteurs et prédéterminer une échelle d’affichage nominale en fonction du type démographique de la commune.
Le risque industriel concerne l’aide médicale urgente, dans le cadre des plans particuliers d’intervention (PPI). L’intégration est en cours concernant les entreprises à risque, leurs périmètres de risque (PPI) et les documents opérationnels associés.
La constitution progressive du SIG s’est accompagnée d’études analytiques sur les différentes composantes :
- comparaison de l’ensemble des découpages sanitaires, administratifs et statistiques appliqués à la région Haute-Normandie.
- proposition d’ajustement des limites des territoires SMUR à l’ARH Haute-Normandie (agence régionale d’hospitalisation),
- bilan des affaires sociales traitées par le SAMU 76B Le Havre avec localisation à l’IRIS,
- analyse et suivi de la sectorisation des transports sanitaires urgents sur la région Haute-Normandie,
- réflexion en cours avec l’Ordre des Médecins de Seine-Maritime sur la sectorisation de la médecine libérale.
Gestions hospitalières, n°407, spécial « Géographie et santé », partie 2 « Géographie appliquée », 60 p.
Gestions hospitalières, n°417, article « logique de découpage des acteurs de la santé », 15 p.
Pour en savoir plus :
contacter : cdrieu@ch-havre.fr
Conseil
National de l’Information Géographique
136 bis rue de Grenelle – 75700 PARIS 07SP
tél 01 43 98 83 12 - télécopie 01 43 98 85 66 - mél cnig@cnig.gouv.fr - http://www.cnig.gouv.fr