Fiche du CNIG n°92 - 2006

 

 

GESTION DE LA VOIRIE COMMUNALE

EN MILIEU RURAL

 

 

PREAMBULE : dans le texte qui suit, et par souci d'allègement, l'expression « voirie communale » est utilisée pour recouvrir à la fois la voirie communale et la voirie communautaire dans le cas d'un groupement de communes.

 

 

LA VOIRIE COMMUNALE : UN PATRIMOINE SPECIFIQUE, LOURD, ET LARGEMENT MECONNU

 

Si les opérations d'entretien, et a fortiori celles d'investissement, sur le réseau routier départe-mental et national font en général l'objet d'une large communication, de moyens importants, et d'un suivi désormais très professionnel, il en va tout autrement pour le réseau communal en milieu rural, parent pauvre de la voirie. Car il ne faut pas se méprendre sur l'importance de ce réseau, secondaire voire insignifiant en matière de trafic (rarement plus d'une centaine de véhicules/jour), mais particulièrement imposant au regard du linéaire cumulé. A titre d'exemple un département moyennement rural comme la Vendée compte près de 10000 km de voirie communale.

 

Ce réseau, patrimoine des collectivités territoriales (les communes ou leurs groupements, en fonction des compétences transférées), est bien souvent largement méconnu, et ce à plusieurs titres. C'est en premier lieu la domanialité qui est parfois sujette à caution puisque dans bon nombre de communes les classements et déclassements se sont succédés au cours des années, sans qu'un véritable plan de classement soit tenu à jour.

 

Au fil du temps, il devient parfois difficile de discerner les voies communales, des chemins ruraux, des voies privées ou tout autre statut. Cette situation constitue alors une source évidente de contentieux, notamment en matière d'obligation d'entretien ou de responsabilité en cas de désordres entraînant un accident.

 

L'état du réseau communal représente le second champ d'obscurité, puisque rares sont les collectivités territoriales dotées d'un système de gestion de la voirie communale. Il s'avère alors le plus souvent impossible, pour un tronçon donné, de connaître précisément (au-delà du vague souvenir de travaux récents) son état, le type et l'état de ses accotements ou celui de ses fossés. Au regard du linéaire de voirie concerné cette méconnaissance peu apparaître assez désarmante, voire inquiétante.

 

Enfin, une des spécificités de la voirie communale est que, pour plus de 30000 communes, l'Etat assure une mission d'appui technique pour l'entretien, mais aussi éventuellement l'investissement, au travers de l'ATESAT. (Assistance Technique de l'Etat pour des raisons de Solidarité et d'Aménagement du Territoire) confiée au Ministère de l'Equipement.

 
UN BESOIN EVIDENT : L'AIDE A LA DECISION

 

Le programme de voirie constitue chaque année un cas épineux pour bon nombre de conseils municipaux et d'élus. Ce volet représente en effet une part non négligeable du budget communal. Il appartient alors aux élus de trancher entre les contraintes techniques issues du terrain et les contraintes budgétaires. A ce stade, il est parfois tentant d'utiliser le budget voirie comme variable d'ajustement des autres priorités du moment.

Cette pratique, compréhensible à court terme, se traduit en général par des surcoûts d'entretien beaucoup plus importants quelques années plus tard. On comprend alors que si la responsabilité de la décision revient aux élus, il incombe aux techniciens (DDE. ou service technique) les entourant de fournir aux élus tous les éléments d'appréciation pouvant éclairer leur choix. Idéalement cela consisterait à fournir la description géométrique du réseau et chaque tronçon ou secteur pour les informations suivantes :

 

-         état du réseau

 

-         date des derniers travaux

 

-         échéance et type des travaux à programmer idéalement

 

-         estimation du coût de ces travaux.

 

Ces éléments permettraient alors aux élus de cerner les priorités réelles, et non uniquement ressenties, et de programmer les futurs travaux.

 

Enfin, un système de gestion de la voirie communale apparaît particulièrement adapté lors du transfert de la compétence voirie vers un groupement de communes. Un état des lieux a pu être alors aisément dressé avant transfert. Il n'est pas rare que l'outil d'aide à la décision conduise à repousser la décision...

 

 

VERS UN SYSTEME DE GESTION DE LA VOIRIE COMMUNALE

 

L'outil qui répondrait aux exigences citées plus haut serait donc un outil du technicien pour l'élu. Il doit pouvoir à la fois décrire le terrain (le réseau de voirie) et permettre une analyse de cette observation.

 

Se dessinent alors plusieurs familles de fonctionnalités :

 

-         celles liées au relevé géométrique du réseau de voirie (et à ses mises à jour)

 

-         celles liées à la saisie des caractéristiques du réseau de voirie (et à leurs mises à jour)

 

-         celles liées à l'analyse de ces caractéristiques

 

-         celles liées à la restitution ou la présentation de l'analyse.

 

Enfin il convient de garder à l'esprit qu'un tel système de gestion de la voirie se doit d'être cohérent et compatible avec tout référentiel géographique déjà en place dans la commune, en particulier le référentiel cadastral lorsque celui-ci existe.

 

 

DE LA DIFFICULTE DE L'EXERCICE

 

Plusieurs difficultés se dressent devant la mise en place d'un tel système de gestion de la voirie. On peut sommairement les regrouper en trois familles

 

-         celles liées à la cohérence (voir ci-dessus)

 

-         celle liées à la saisie sur le terrain

 

-         celles liées à la compatibilité(voir ci-dessus)

 

La cohérence suppose que la géométrie des tronçons figurant dans le système de gestion de la voirie soit superposable avec le référentiel cadastral.

 

La cohérence avec un référentiel constitué, cadastral ou tout autre référentiel à grande échelle, apparaît essentielle pour la collectivité. Il serait a priori regrettable de proposer de disposer d’un système de gestion de la voirie particulièrement séduisant et performant, mais dont les tronçons traverseraient les parcelles du référentiel cadastral.

 

Ce dernier s'avèrerait probablement moins précis que les tronçons « vus » par le système de positionnement par satellite (type GPS) : mais en matière de référentiel le plus faux n'est pas celui qu'on croit, mais bien celui qui n'est pas compatible avec le reste.

 

On est donc à nouveau confronté à un choix délicat : soit on accepte de se contenter d’un système de gestion de la voirie communale dont la cohérence avec d’autres référentiels à grande échelle n’est pas assurée, soit on procède à quelques « ajustements » de manière à faire converger ces deux descriptions du terrain.

 

Ainsi lorsqu'un filaire de voirie exploitable existe au sein du référentiel cadastral il doit alors être possible de forcer le logiciel de saisie de la voirie à se caler sur ce filaire cadastral, en « décalant » ainsi le tracé mesuré sur le terrain, vers celui du référentiel en usage.

 

Si le référentiel cadastral ne comporte pas de filaire de voirie exploitable on est alors contraint de créer ce dernier, ou de modifier manuellement la saisie terrain lorsque celle-ci n’est pas cohérente avec le cadastre. Il va de soi que ces « ajustements » ne sont envisageables que lorsque les écarts sont minimes.

 

La saisie sur le terrain constitue évidemment le souci principal. S’ il apparaît à peu près aisé de concevoir un outil permettant la saisie de la géométrie d'un réseau (les systèmes de positionnement par satellite modernes (type GPS américain) constituent une avancée notable en la matière), il s'avère en revanche beaucoup plus délicat de réaliser un outil simple, fiable et opérationnel permettant la saisie des caractéristiques du réseau alors obtenu.

 

La définition même de ces caractéristiques est une première difficulté. A bien y réfléchir on comprend que le concepteur  est placé devant le dilemme de la simplicité contre l'exhaustivité. Combien de caractéristiques saisir ? Quel degré de précision retenir pour ces caractéristiques ? Comment rendre cette saisie fiable et rapide ? Toutes ces questions expliquent largement la rareté des produits commerciaux en ce domaine.

 

 On est ici à la limite entre l'outil purement technique (domaine de l'entretien routier) et l'outil géomatique. Les compétences dans le seul domaine géomatique conduiraient immanquablement à produire un outil dont l'usage serait impossible dans les faits. Inversement les compétences techniques seules aboutiraient à un outil dont la cohérence et la compatibilité avec d'autres environnements SIG ne seraient pas assurées.

 

La compatibilité requiert quant à elle que le système de gestion de la voirie soit « ouvert », c'est à dire que des exports des données géométriques et descriptives soient possibles dans un format exploitable par un éventuel SIG communal

 

Enfin la compatibilité n'est pas une difficulté en tant que telle mais plutôt une exigence à laquelle il convient de répondre en proposant par exemple un export vers le format SIG utilisé par la collectivité. Cet export doit bien évidemment se faire à la fois sur les objets géométriques et les données descriptives de ces objets.

 

 

Un exemple d'outil intéressant : Figuline

 

A la lumière des réflexions précédentes on sent bien toute la difficulté de mettre au point un outil à la fois technique, opérationnel, illustratif et ouvert sur le monde SIG. Une approche originale et résolument pragmatique a ainsi été retenue par le ministère de l'Equipement qui a développé au sien du LRPC (Laboratoire Régional des Ponts et Chaussées) de St Brieuc un outil d'aide à la gestion de la voirie communale, nommé Figuline. Cet outil propose les quatre familles de fonctionnalités citées plus haut (constitution du réseau géométrique, caractérisation des tronçons du réseau, analyse des caractéristiques, édition de ces analyses).

 

Pour fonctionner Figuline nécessite  un véhicule équipé des éléments suivants :

 

-  un GPS

 

-  un odomètre (appareil mesurant avec précision la distance parcouru par le véhicule)

 

- un ordinateur portable posé sur une tablette devant le passager avant.

 

La campagne de saisie se fait alors en une seule passe durant laquelle le logiciel crée le réseau géométrique à partir des informations fournies par le GPS et l'odomètre, tandis que le passager saisit au clavier (à l'aide d'une interface très intuitive et simple) les caractéristiques physiques du réseau.

 

Une fois au bureau les données sont récupérées, puis éventuellement exportées vers Mapinfo (outil SIG largement utilisé au sein du ministère de l'Equipement). L'utilisateur a alors le choix d'utiliser les fonctions d'analyse et d'édition proposées par Figuline ou de poursuivre dans l'environnement Mapinfo.

 

Les forces de Figuline

 

- la prouesse technique (GPS + odomètre) combinée à son extrême simplicité d'usage

- l'interface de saisie conçue de façon très intuitive

- un outil « tout en un »

- les exports vers Mapinfo permettant l'ouverture vers le monde SIG

- les mises à jour (du réseau ou de ses caractéristiques) simples

- la fonction « mapmatching » qui offre la possibilité de se caler sur un réseau existant au lieu de retenir le tracé vu par le GPS.

 

Quelques améliorations pourraient être apportées à Figuline :

 

- son environnement pas encore complètement compatible avec les standards des produits professionnels

- son statut de diffusion en cours de discussion au sein du ministère de l'Equipement.

- la relative faiblesse de son module d'analyse et d'édition

- les possibilités restreintes de paramétrages de l'environnement de saisie

- pas d'autre export que vers Mapinfo

 

…/information/exemple/sensibilisation/réflexion/méthodologie/état des lieux/point de   vue/technique/…